Suite et fin des aventures de Léa lors de sa terrible journée du jeudi. Il est 20 h et les 7 numbers sont appelés à table. 

Dans la cuisine, c'est le joyeux bazar, deux enfants sont assis de travers sur leur tabouret, number two donne un cour de yijatsu à number three, les autres se courent après autour de la table la serviette en guise de fouet. Léa, déjà passablement énervée par l'histoire des perles, sent qu'elle va exploser. Il lui reste encore ce qu'il faut de maîtrise pour dire tout bas à ses enfants de s'assoir et boire leur soupe. Curieusement, ils ont tous entendus et s'installent. Un ange passe. 

Léa se précipitent sur les nouilles qui sont trop cuites. Elle les égoute rageusement : Léa déteste faire de l'à peu près en cuisine surtout pour ses enfants. Puis, elle s'attaque à la boîte de sardine pour, au moins, les mettre sur une assiette de présentation tout de même. Mais la boîte résiste. Après une âpre lutte, la boîte cède, les sardines virvoltent dans les airs quelques secondes et retombent, dans une giclée d'huile d'olive, dans l'assiette de service.

Ahhh ! Léa contemple le résultat et estime qu'elle a eu chaud. Elle saisit vigoureusement l'assiette et se retourne vivement pour servir. Mais là, c'est le choc, la rencontre inopinée et totalement inoportune : number two s'était levé pour attraper une éponge, il se téléscope de toute sa hauteur (il fait déjà 1,89 à presque 14 ans) avec sa mère, qui manque de tomber par terre sous la violence du choc. L'assiette de sardine vole et attérrit sur la tête de number three qui aussitôt se met à hurler tout dégoulinant d'huile d'olive. Personne n'ose rire. D'autant que là, c'est vraiment la goutte d'huile d'eau qui fait déborder la boîte le vase.

Léa rentre dans une rage indescriptible. A qui donc pourrait-on la comparer ? Réfléchissons un peu...oui, c'est ça : à Ella dans les 102 Dalmatiens lorsqu'elle se retransforme en Cruella d'Enfer. Meryl Streep est excellent dans ce rôle, je vous le conseille. Voilà donc notre Léa Cruella se rueant sur number three pour le débarbouiller et vérifier au passage s'il n'est pas blessé par cette...p...n, f....ue, co.....sse d'assiette ! Les sardines gisent lamentablement sur le sol et les enfants prennent tous un air très dettaché pour ne surtout pas être désigné pour nettoyer. Les ordres de Cruella ne tardent plus à fuser mais personne ne bouge. 

A ce moment là, il est presque 21 heures, Charles, le mari de Léa rentre. A entendre les hurlements qui viennent de la cuisine, Charles comprend tout de suite qu'encore une fois ce jeudi ne s'est pas top super bien passé...Oubliés les soucis professionnels, les budgets restreints, les courbes de vente, les trucs-super-importants-à-ne-pas-oublier-pour-demain, Charles est directement jeté dans la réalité quotidienne de sa chère épouse sans passer par le sas de décompression. Hard. Mais Charles est d'un flegme tout britannique. Il affecte l'air le plus calme possible, pénêtre dans la cuisine que Cruella vient de déserter et, d'un doigt levé, calme les enfants histériques, leur demande de finir leur repas le plus rapidement possible et dans un silence religieux. 

Puis, il passe la tête à l'entrée de la salle de bain, découvre Cruella, les joues rouges, les cheveux en bataille, le maquillage dégoulinant, s'occupant de number three qui pleure toujours quoique sans égratignure. Et de sa délicieuse voix velouté, il propose à sa femme :

"Tu viens dîner au restaurant ce soir avec moi ? "

Instantannément, Cruella redevient Léa (la coiffure et le maquillage en moins). Dans un éclair, Léa revoit le charmant jeune homme d'il y a 20 ans qui lui proposait, alors pour la première fois, d'aller casser une petite graine en tête à tête, ils étaient étudiants...

La réponse ne se fait pas attendre. Léa lâche number three qui s'est calmée. Elle s'enferme dans la salle de bain pour retrouver ces esprits et une tenue correcte. Charles est de nouveau dans la cuisine et supervise le rangement tout en surfant sur le web grâce à son smart phone pour trouver un bon resto pour son épouse et lui. Le Vivier ! c'est parfait, ils sont fans de crustacés, molusques et autres poissons tous les deux, il n'y a rien de mieux pour oublier une aussi pietre soirée.

Quelques instants plus tard, le calme est revenu dans la maisonnée de Charles et Léa. Les enfants sont couchés. Tous ? Non. La sonnette retentit : c'est number one ! On l'avait oublié celui là qui revient du taïchichouane. Oh le pôvre trésor ! il a fait tout le trajet à pied et après une séance de sport. Mon Dieu que je suis une mauvaise mère pense Léa à nouveau envahit par toutes sortes de scrupules. Charles, impassible, calme son épouse, embrasse son fils et lui indique qu'il reste un petit quelque chose à grignoter pour lui à la cuisine. Puis, il s'empare du manteau de sa femme et le lui dépose délicatement sur les épaules.

Les voilà partis. Léa a retrouvé le sourire et son calme habituel. Cela ne s'est jamais aussi mal passé pour un jeudi. C'est du sérieux cette fois, jeudi prochain j'annule TOUT, pense-t-elle.